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La révolte payante (Suite et fin)

in Mes envolées Littéraires

Coucou à tous comment allez-vous? J’espère que votre semaine s’est bien déroulée. Nous nous retrouvons à nouveau aujourd’hui pour découvrir la fin de l’histoire de Ruby la poule et de Raymond le fermier. 

Nous sommes toujours au mois d’Avril, lors de la première révolte dans le poulailler.

Il y avait toutefois une poule qui se tenait bien droite dans l’enclos. Elle semblait si fière, se remémora Raymond, qui avait noté que les poules respiraient encore. Soudain, des voix s’élevèrent. « C’est à cause de vous, de votre maudit patron que nous sommes dans cette situation », s’écria sa maman. « Mais ne dites pas des bêtises », répliqua l’un des nouveaux aviculteurs. « Elles ont été intoxiquées à cause de vos produits chimiques. C’est de votre faute », cria au même instant l’une des sœurs de son père. Et un vacarme se fit entendre, chacun accusant l’autre de cette situation. Raymond était devenu calme, comme s’il comprenait ce qui se passait. Il ne cessait de fixer la poule qui était debout et cette dernière faisait de même. Personne d’autres que Raymond n’avait remarqué que les poules respiraient encore. Les poules étaient toujours couchées quand la poule qui était debout se mit à  caqueter pendant un laps de temps qui sembla interminable. Et soudain, toutes les poules se relevèrent et se mirent à caqueter de plus en plus fort. Tout le monde sursauta, et ce fut l’une de ses cousines qui s’évanouit cette fois-ci. Ils se mirent à se toucher, se pincer pour être sûrs qu’ils ne rêvaient pas et se demandèrent si ce n’était pas une malédiction qui frappait la ferme.

De retour dans le présent, à l’approche des fêtes de fin d’année        

    Après cet évènement, Raymond n’avait plus été le même. Le vétérinaire avait dit que les poules ressentaient certainement un stress dû au changement de leurs conditions. Mais il se doutait que quelque chose d’autre se tramait. Le regard de cette poule l’avait touché au plus profond de son âme. Mais que pouvait-il faire ? Elles étaient destinées à être vendues, tuées. Raymond ainsi que tous les fermiers surveillaient désormais régulièrement les poules. Le matin quand il leur apportait à manger, il restait dix à quinze minutes de plus. Il faisait même des efforts pour prendre son déjeuner à côté du poulailler et le soir il restait à côté d’elles une vingtaine de minutes. A force de les observer, il finit par les comprendre au point où il se sentit coupable. Oui, il se sentait mal.

            Ruby était toujours entrain d’élaborer son plan pour la rébellion. Avant de mourir, sa maman lui avait dit : « Ma chérie, n’oublis jamais ces paroles. Nous sommes toutes vouées à mourir mais nous méritons d’être respectées. J’ai commencé à semer les germes de la révolte dans le poulailler. C’est à toi de continuer ce que j’ai commencé ». Elle sentait peser sur elle cette mission à elle confiée par sa maman. Ruby savait qu’elle pourrait être de celles qui quitteraient la ferme définitivement. Pour oublier cela, elle s’était investie dans la mise en place de son plan. Elle et ses amies avaient transmis à toutes les poules les enseignements et recommandations reçus par sa maman. Chaque fois qu’un fermier s’approchait d’eux, elles disaient en cœur « Si nous devons mourir, cela doit se faire dans la dignité », même si cela se traduisait par un énorme vacarme. Ruby et les siens avaient opté pour une solution radicale qui conduirait certainement à leur extermination mais cela en valait le prix.

Raymond décida de parler à sa maman de ce qu’il ressentait mais surtout de ce qu’il pensait de la situation actuelle de la ferme. Il alla la trouver dans sa chambre après le repas du soir. « Ma chère maman », commença-t-il. Il se confia à elle. Cela faisait quinze mois que son papa était décédé. La ferme se portait alors très bien. Il était celui qui tirait les ficelles du business. Ses oncles et tantes y vivaient uniquement parce qu’ils n’avaient pas eu d’autres solutions. Du moins, Raymond en était arrivé à cette conclusion au fil des années. La ferme était l’endroit le plus vivant qu’il ait connu. Mais la découverte de nouveaux procédés tant alimentaires que techniques pour faire grossir rapidement les poules et les mettre sur le marché avait mis à mal sa famille.

Cela faisait deux ans qu’un riche commerçant souhaitait acheter leur ferme. Mais son papa s’y était toujours farouchement opposé. Suite à sa mort, de nombreuses personnes se présentèrent à nouveau pour acheter la ferme. Durant les premiers mois, sa maman avait résisté. Mais face à la concurrence, aux pressions des personnes qui voulaient acheter la ferme mais surtout la passivité de sa belle-famille, elle avait décidé de vendre la ferme, mais pas la terre. Sa belle-famille s’y était opposée mais elle avait réussi à la convaincre que c’était l’unique façon pour eux de continuer à manger et à se vêtir au quotidien. La ferme fut vendue pour une période de vingt ans durant lesquelles l’acquéreur pourrait bénéficier du savoir faire des fermiers, faisant ainsi du profit, mais assurant toujours le bien-être des habitants de la ferme. Raymond était si triste le jour de la signature du contrat. Peu de temps après l’acquéreur imposa un nouvel enclos pour les poules, et de nouvelles pratiques pour leur entretien et leur alimentation ainsi que de nouveaux fermiers. Même si cela était contraire à l’éthique de la ferme, sa famille n’avait eu guère le choix. « Maman, les poules nous en veulent ». Elle darda sur lui un regard qui signifiait clairement qu’elle se demandait si son fils était entrain de devenir fou. Il lui répondit qu’il était avec elles chaque jour et qu’il avait constaté un changement dans leur attitude. Il lui avoua qu’il pensait que la « crise » des poules d’il y a six mois était un moyen pour elles de se plaindre. « Le changement de leurs conditions de vie a eu un impact négatif sur elles et je crains le pire. Depuis quelques jours, quand j’entre dans le poulailler elles se mettent à caqueter comme si elles voulaient prouver qu’elles n’ont pas peur de nous ». « Raymond, la mort de ton père t’a affecté mais je n’aurai jamais imaginé que tu te mettrais à comprendre les sentiments des poules ». Sur ce, sa maman lui indiqua qu’elle souhaitait se reposer. Il sortit de sa chambre et réfléchit à un moyen de lui prouver qu’il avait raison. Il se demanda ce que son papa ferait à sa place.

Comme à son habitude dans ses moments de tristesse et de solitude, il entreprit de faire quelques pas à travers la ferme. C’était un soir de demi-lune. Il se dirigea vers les champs et s’y engouffra lentement. Sa tête lui sembla lourde et l’air dans sa poitrine se raréfiait. Il était triste, désespéré, seul. Il aspira profondément une bouffée, une deuxième puis une troisième afin de se maîtriser. La nuit la nature semblait si différente, métamorphosée voire endormie mais il savait bien que ce n’était qu’un leurre. Le chant des grillons était omniprésent. Raymond entendit au loin le cri d’un hibou, esquissa un léger sourire et continua à s’engouffrer dans les champs. Ses pas le guidaient vers la tombe de son père. Il parvint enfin. Il coupa quelques feuilles de bananiers, les étala au sol pour en faire un tapis et s’assit. Ici, il pouvait crier, pleurer, se lamenter : seul le silence était sa compagne. Il se rappela les ballades qu’il avait coutume de faire avec son papa de jour comme de nuit. Pour les hommes de la famille NOKSON, la nature était une source inépuisable d’inspiration et de force. Son papa lui apprenait progressivement la gestion de la ferme. « Quand tu auras vingt ans, je t’apprendrai tout sur la gestion financière de cette ferme. Ce n’est pas très compliqué tu verras. Mais apprends d’abord à être un bon commerçant, le reste suivra ». Ces paroles de son père résonnaient continuellement dans sa tête. Il regrettait aujourd’hui que la ferme ait été vendue à cause de son incapacité à pouvoir prendre en charge sa gestion. Mais un problème plus urgent l’avait guidé ici : les poules n’étaient plus normales et sa maman n’avait pas cru en lui.

Il entama un monologue à l’adresse de son papa. « Paix à ton âme papa. Tu me manques tellement. Depuis ton départ, tout a changé comme tu as dû le constater. Papa, papa, dis moi pourquoi tu nous as abandonné. Tu chérissais tellement cette ferme, pardonne-moi de ne pas avoir su décourager maman. Papa que dois-je faire ». Dans l’obscurité de la nuit, un murmure parvint à lui : « Ecoutes toujours ton cœur fiston. Garde le pur aussi longtemps que tu vivras. Écoute ton cœur… ». Cette voix se fit persistante, lente, entrainante mais elle demeura un murmure. Raymond effectua dans sa tête un feedback des récents évènements au poulailler. Il y avait eu la mise en place de box pour six poules en moyenne, le changement de la composition de la nourriture des poules. Puis il y avait eu la mort d’une dizaine de coqs, la crise des poules et récemment le caquètement des poules à chaque fois qu’il s’approchait du poulailler. Il soupira et une seule et unique conclusion lui vint à l’esprit: les poules vont se révolter et Dieu seul savait de quelle façon.

A l’aube de la journée fatidique, Ruby la poule eut un pincement au cœur en se souvenant des jours précédents la révolte organisée par sa maman Nicoletta et qui constituait également le fondement de celle qu’elle s’apprêtait à orchestrer. En effet, les poules avaient eu du mal à s’accommoder aux changements apportées par les nouveaux acquéreurs. Mais le pire était bien entendu la nourriture qui était désormais bourrée de granulés chimiques. Les poules avaient tout de suite remarqué le changement de goût de la nourriture mais elles étaient loin de s’imaginer les conséquences que cela pourrait avoir sur elles, en elles. Nicoletta la poule et Gaël Marc le coq filaient toujours le parfait amour. Puis un jour, Gaël Marc eut un terrible mal de ventre. Il crut que cela était passager mais le mal persista. Il s’en plaint donc auprès de Nicoletta. Quelques jours plus tard d’autres poules et coqs plaignirent de maux de ventre. Puis, un matin les poules constatèrent avec douleur la mort des leurs dont Gaël Marc. Les hommes avaient attribué cela à une endémie et n’avaient pas fait de lien avec la nourriture. Nicoletta en avait été tellement bouleversée qu’elle avait passé des jours à pleurer. Mais elle avait tenu bon et s’était promis de venger la mort de son amoureux. Nicoletta était convaincu que tous ces décès étaient dus à une intoxication alimentaire ce qui la motiva à organiser une grève de la faim. Hélas, elle ne trouva plus de raison de vivre après cette révolte et se laissa mourir. Toutefois, elle avait au préalable fait promettre à Ruby de continuer son combat pour son père mais aussi pour toutes les volailles. « Maman, Papa, soyez fiers de moi là haut », se dit Ruby en entendant le chant matinal d’un coq qui la ramena à la réalité.

 Le soleil se levait gracieusement en ce jour de révolte. Ce matin là deux fermiers étaient allés guider les poules vers l’enclos externe pour leur deuxième sortie hebdomadaire. Les poules s’étaient mises à caqueter à leur vue. Elles savaient ce qui les attendait dans les minutes qui allaient suivre et espéraient faire passer un sale quart d’heure aux deux fermiers. Elles répétaient en boucle : « Si nous devons mourir, cela doit se faire dans la dignité ». Les fermiers avaient ouvert le poulailler pour faire sortir les poules. A leur grande stupéfaction aucune poule ne sortit de son box et le poulailler était soudain devenu calme. Ils en eurent la chair de poule. Une poule se mit à chanter, sortit de son box et les autres poules la suivirent. Sur ce chemin qu’elles maîtrisaient déjà, elles étaient silencieuses et marchaient docilement quand le cri d’une poule, c’était celui de Ruby, fendit ce silence. Toutes les poules se ruèrent vers les deux fermiers et se mirent à les piquer farouchement. Ils se mirent à crier et à appeler de l’aide. Raymond et tous ceux qui étaient à la ferme accoururent et tombèrent devant une scène d’épouvante. Des interjections fusèrent de toutes parts dans des langues différentes: « Sacrilège », « Anti Zamba », « Bana loba ». Durant quelques instants, ils restèrent scotchés devant la scène car ils n’en croyaient pas leurs yeux. Très vite ils prirent peur mais les cris des fermiers les ramenèrent vite à la réalité. Chacun s’arma de tout ce qu’il pouvait pour éloigner les poules des deux fermiers que ce soit un caillou ou un bout de bois et le lança sur les poules. Cela dura cinq minutes environ et Raymond cria d’une voix puissante : « Stop les poules. Vous avez gagnez. J’ai dit stop !».

Les poules se calmèrent presque aussitôt et la maman de Raymond semblait encore plus stupéfaite que les autres fermiers présents. Il se tourna vers les siens et leur déclara en haletant : « Ces poules ne sont pas folles, elles ne font que réclamer ce qui leur appartenait : leur dignité. C’est à nous de revoir notre manière de faire ». Tous se demandaient s’il était devenu fou mais arrêtèrent de viser les poules. Il inspira et se mit à chercher les mots appropriés pour les convaincre de sa démarche quand son regard croisa celui de Ruby la poule. Tous deux se comprirent. Ils venaient de remporter une bataille mais la guerre ne faisait que commencer.

J’espère que vous avez apprécié ce moment de lecture. N’hésitez pas à me donner vos avis et à faire des suggestions.

Bon début de weekend à tous.

Cuisinettement votre !!!

Laurette2596…

Bisouuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuus !!!

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